Prenez soin de votre santé en voyage

Le Docteur Hervé Gallois, cardiologue, rappelle les risques particuliers des voyages : diarrhée (tourista), infections virales et parasitaires (paludisme), risques liés aux transports (avion), à l’environnement, …
Il donne des conseils pratiques pour préparer son voyage et adapter son mode de vie pendant les vacances.

Les vacances riment souvent avec voyages dans des pays lointains. Les risques sanitaires des voyages sont fréquents : diarrhée (tourista), infections virales et parasitaires (paludisme), risques liés aux transports (avion), à l’environnement et aux comportements individuels.

Le risque de décès (dont la moitié est cardiovasculaire) est faible : 1 pour 100 000 par mois. Pour le cardiaque la prévention de ces risques passe d’abord par une consultation spécialisée un à deux mois avant le départ pour s’assurer de la stabilité de la maladie et pour avoir un dossier médical de voyage (compte-rendu, médicaments, ordonnance).

Pour tous, il faut vérifier son état vaccinal et prévenir le risque de phlébite pour les voyages aériens qui dépassent 6 heures.

Dans les pays concernés, il faut lutter contre les moustiques vecteurs de viroses et de paludisme. Il faut aussi et surtout adopter les bonnes règles d’hygiène.

Quels sont les risques de santé pour les voyageurs ?

Les taux de voyageurs malades varient de 15 à 70% en fonction des types de voyageurs, des destinations et des conditions de séjour. Le risque de décès est estimé à 1 pour 100 000 par mois. 50% des décès sont cardiovasculaires et seulement de 1 à 3% sont dus à des infections.

Les causes de rapatriement sont traumatiques (accidents, loisirs, agressions), cardiovasculaires (cardiaques et neurologiques) et psychiatriques.

Les risque de santé les plus fréquents sont la diarrhée du voyageur liée au manque d’hygiène et les infections (virales et parasitaires) liées aux arthropodes (moustiques, tiques, acariens, etc.).

Les autres risques sont liés aux transports, à l’environnement (altitude, plongée sous-marine, baignades, chaleur, soleil, froid), aux comportements (pratiques sportives, hygiène, comportements sexuels, drogues) et aux type de personnes (enfants, femmes enceintes, personnes âgées, personnes atteintes de maladie chronique).

Voyageurs cardiaques : comment prévenir les risques ?

Vous êtes cardiaque (ou vous avez une maladie chronique) pour laquelle vous devez prendre des médicaments à vie et vous avez comme projet un voyage lointain avec un trajet en avion qui va dépasser les 6 heures.

La première chose à faire est de consulter votre spécialiste un à deux mois avant votre départ. La première condition de santé pour votre voyage est de s’assurer que votre maladie cardiaque est stable depuis plusieurs mois. Sur le plan cardiovasculaire trois examens permettent rapidement de confirmer cette stabilité : l’électrocardiogramme de repos, l’échocardiographie et l’épreuve d’effort qui permet d’évaluer la tolérance à l’effort.

Pour votre voyage, il faudra emporter un dossier médical comportant le dernier compte-rendu médical (traduit dans la langue du pays ou en anglais), les coordonnées d’une structure de santé ou d’un médecin correspondant spécialiste (site à consulter : diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs ), l’ordonnance du traitement en dénomination commune internationale (DCI), un certificat médical en anglais pour le matériel d’injection si nécessaire (insuline, héparine de bas poids moléculaire) et des certificats reconnaissant les maladies chroniques nécessitant un suivi régulier et un carnet de suivi.

Vos médicaments (si possible la totalité du traitement pour le séjour voire plus en cas de retard au retour) devront voyager dans le bagage à main en cabine (risque d’égarement ou de retard des bagages en soute) avec les ordonnances et certificats en cas d’injection.

Pour des séjours de longue durée (3 à 6 mois), une autorisation de délivrance d’un traitement pour six mois dans une pharmacie française peut être demandée auprès de votre caisse d’assurance maladie.

Il ne faut pas oublier de tenir compte du décalage horaire pour la prise de certains médicaments (contraceptifs oraux, anticoagulants, insuline).

Quelles sont les contre-indications aux voyages aériens ?

Pour les patients souffrant d’un problème cardiaque ce sont l’angine de poitrine au repos, l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral récent et toute instabilité clinique de la maladie.

Les autres personnes à risque : les nouveau-nés de moins de 48 heures, les femmes enceintes après la trente-sixième semaine (trente-deuxième semaine si grossesse multiple).

Pour ceux ayant les maladies suivantes, un avis médical est indispensable : les maladies transmissibles évolutives, le mal de décompression après la plongée (et pas de voyage en avion dans les 24h qui suivent une plongée avec bouteille), l’infection des sinus, de l’oreille ou du nez, une intervention chirurgicale récente ou un traumatisme récent (abdominal avec risque de flatulence), un traumatisme cranio-facial ou oculaire, une maladie respiratoire chronique sévère, la drépanocytose, un trouble psychotique, etc.

Comment prévenir la phlébite liée à un voyage aérien ?

Le transport aérien est un facteur de risque de thrombose veineuse d’autant plus que le voyage est long (au-delà de 6 heures) : il multiplie ce risque par deux. Chez les cardiaques et les patients à risque de phlébite, les mesures de prévention suivantes sont recommandées :

  • s’hydrater régulièrement au cours du vol,
  • bouger fréquemment les jambes,
  • se déplacer dans l’avion,
  • suivre les programmes d’exercices proposés au cours du vol à réaliser à sa place,
  • porter une contention élastique (mi-cuisse de classe 2 avec pression à la cheville de 15 à 30 mmHg),
  • si risque très élevé : utiliser les héparines de bas poids moléculaire ou le fondaparinux (l’aspirine ne prévient pas les phlébites).

Quelles sont les recommandations de prévention à suivre pour tous ?

Certaines maladies infectieuses liées aux voyages peuvent être prévenues par une vaccination. Il faut donc être à jour des vaccinations recommandées en France (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche et rougeole) et se vacciner contre certaines maladies en fonction des obligations administratives de certains pays et du contexte épidémiologique international.

Citons en fonction des pays, la vaccination contre la fièvre jaune, contre la typhoïde et l’hépatite A (pays à hygiène précaire) ou encore contre la grippe saisonnière (surtout si voyage en groupe ou en bateau de croisière).

En 2016 en France métropolitaine, 4 735 personnes ont eu un paludisme d’importation, chiffre stable par rapport à 2015. Les pays de contamination sont dans 97% des cas situés en Afrique subsaharienne. Un voyage dans ces pays et ceux identifiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) impose une chimioprophylaxie qui doit tenir compte de plusieurs facteurs : lieux, résistances aux médicaments, interaction avec les autres médicaments, etc.

Le principal vecteur de ces maladies infectieuses est le moustique. Les moustiques Anopheles et Culex piquent la nuit, ils sont les vecteurs du paludisme, d’arboviroses et de filarioses.

Les moustiques Aedes piquent habituellement le jour et peuvent transmettre des arboviroses (dengue, chikungunya, Zika…) et des filarioses.

Comment lutter contre les moustiques vecteurs de virus et de parasites ?

Pour les voyages vers des destinations à climat chaud ou tropical il faut :

  • se protéger contre les piqûres d’insectes avec des répulsifs cutanés sur les parties non couvertes,
  • dormir la nuit sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide,
  • porter des vêtements légers et couvrants (manches longues, pantalons et chaussures fermés),
  • utiliser des vêtements imprégnés d’insecticides si les risques sont élevés.

Comment prévenir la tourista ?

La diarrhée du voyageur est l’affection la plus fréquente liée aux voyages avec une prévalence de plus de 50% pour un séjour de trois semaines. Sa prévention repose sur les mesures d’hygiène suivantes :

  • se laver souvent les mains, avant les repas et avant toute manipulation d’aliment, et après passage aux toilettes avec l’eau et du savon (ou avec gel ou solution hydroalcoolique),
  • ne consommer que de l’eau en bouteille capsulée (bouteille ouverte devant soi) ou rendue potable par ébullition (1 minute à gros bouillon) ou par combinaison d’une filtration (filtre portatif) suivie d’une désinfection (par DCCNa ou hypochlorite de sodium),
  • ne pas consommer l’eau en sachet,
  • éviter les glaçons,
  • éviter les jus de fruits frais,
  • éviter de consommer la nourriture vendue dans la rue et les buffets froids,
  • peler les fruits soi-même après s’être lavé les mains,
  • éviter les crudités, les coquillages, les plats réchauffés,
  • éviter les sorbets et les crèmes glacées,
  • bien cuire les œufs, les viandes, les poissons et les crustacés,
  • se renseigner sur les poissons toxiques (ciguatera).

En cas de diarrhée, il faut boire abondamment (liquides salés et sucrés en alternance). On peut utiliser des sels de réhydratation orale (sachets à diluer).

Pour les cardiaques qui prennent des diurétiques, et surtout s’il fait chaud ne pas hésiter à les arrêter pendant les deux à trois jours de diarrhée et les reprendre à distance avec si possible une surveillance de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque.

Quelle est la bonne hygiène corporelle ?

Il est faut se laver régulièrement à l’eau et au savon et bien se sécher. Il faut apporter un soin particulier en cas de plaie ou de blessure cutanée : laver, désinfecter, couvrir, ne pas laisser macérer.

Il faut aussi :

  • ne pas marcher pieds nus sur les plages, ni s’allonger à même le sable,
  • porter des chaussures fermées sur les sols boueux et humides,
  • ne pas marcher ou se baigner dans les eaux douces,
  • éviter l’ensoleillement excessif et se protéger du soleil,
  • porter des habits légers,
  • éviter de laisser sécher le linge à l’extérieur ou sur le sol,
  • éviter les contacts avec les animaux.

Les autres risques liés aux voyages

Parmi les autres risques à ne pas oublier :

  • ceux liés aux transports tels que les accidents de la voie publique (mieux vaut un chauffeur que de conduire soi-même), le mal de mer pour les transports maritimes,
  • ceux liés à l’environnement tels que l’hypoxie liée à l’altitude (au-delà de 2500 mètres) préjudiciable pour les insuffisants cardiaques et insuffisants respiratoires,
  • ceux liés à la plongée sous-marine, aux baignades, à la chaleur, au grand froid, au soleil, aux pratiques sportives et aux animaux tels que les serpents, poissons, etc. sans oublier la rage transmis par le chien, les chauves-souris et les singes.

Auteur :

Dr GALLOIS Hervé (Médecin cardiologue)